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L’éco-conception en 10 questions

Echantillons de la matériauthèque Morning au salon "Maison & Objet" (mars 2022)

L’éco-conception est un thème qui occupe de plus en plus de discussions au sein des entreprises. Les enjeux sont tels que tous les secteurs et tous les métiers sont concernés. Nous regroupons ici 10 questions incontournables pour tenter d’y voir plus clair.

1. Quelle est la définition de l’éco-conception ?

Selon l’ADEME – l’Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie, aussi appelée Agence de la Transition écologique – l’éco-conception “c’est concevoir une offre de produits plus respectueux de l’environnement”. Autrement dit, un produit est éco-conçu lorsqu’on intègre dès sa phase de conception des réductions d’impacts environnementaux. Le but est de réduire au maximum ses impacts négatifs sur l’ensemble de son cycle de vie.

Pour y parvenir, il faut faire mieux avec moins, tout en conservant les performances du produit. Véritable outil de l’économie circulaire, l’éco-conception vise à limiter les déchets et à réduire les ressources avant même l’étape de fabrication. Toujours selon l’Ademe, il s’agit de recourir “aussi peu que possible aux ressources non renouvelables en leur préférant l’utilisation de ressources renouvelables et le réemploi de matériaux ou de déchets.”

2. Pourquoi se lancer dans une démarche d’éco-conception ?

Malheureusement, les raisons pour se lancer dans une démarche d’éco-conception sont nombreuses. Comme tous les moteurs à réactions, nous avons souvent besoin d’être bousculés pour agir… Alors voici quelques arguments éloquents pour vous y mettre. Inutile de préciser que la liste est très loin d’être exhaustive : 

– Chaque année, 24 millions de tonnes de déchets sont produites par les usines françaises. 
– Selon l’index Planète Vivante, la surexploitation des ressources naturelles est la cause d’une réduction de 60% de la biodiversité depuis 1970. 
– Depuis 2020, la masse de la fabrication humaine (qui avoisine les 1100 milliards de tonnes) dépasse le poids de la biomasse de la Terre.  

©Markus Spiske via Unsplash

Au-delà de ces données peu rassurantes, il existe aussi de nombreuses raisons positives pour entamer une démarche d’éco-conception. Aujourd’hui, l’offre des biens et services éco-conçus est encore trop pauvre. Les organisations doivent absolument se réinventer, repenser leurs façons de produire. La demande grandissante est une opportunité commerciale à saisir en innovant à toutes les étapes de conception, de fabrication et de distribution.

Ce cadre innovant va aussi donner du sens à vos recherches avec une vision globale sur le cycle de vie de vos produits. Des échanges plus riches et engagés avec vos fournisseurs sont déclenchés, les relations sont meilleures, plus constructives. L’éco-conception devient un levier puissant pour la motivation interne car elle est une véritable cause commune au sein de l’entreprise portée par tous les corps de métier. 

La “grande démission » à l’issue du covid, la quête de sens chez les plus jeunes ont mis en lumière la nécessité pour les entreprises d’être plus attractives. Par ailleurs, un acteur économique qui parvient à penser différemment saura créer un élan nouveau au sein de son secteur d’activité en provoquant une réaction concurrentielle vertueuse, voire réglementaire… Voilà autant de bonnes raisons pour se lancer dans une démarche d’éco-conception.

3. Quels sont les enjeux de l’éco-conception ?

N’importe quelle organisation peut se targuer d’une démarche d’éco-conception, sans pour autant réduire son empreinte carbone de manière significative. Cette réalité met en lumière l’un des enjeux phare de l’éco-conception : la mesure de ses actions. 

Mais en réalité, cette mesure n’est pas là pour prouver au monde ses bonnes intentions, mais surtout pour mieux orienter ses actions et valider ses choix. Il existe une multitude de méthodologies pour mesurer ses actions : la Matrice ESQVC (Évaluation Simplifiée et Qualitative du Cycle de Vie), l’ACV (Analyse de Cycle de Vie), la Roue de Brézet, la stratégie des 5 R (Réduire, réutiliser, recycler, repenser, renseigner). A chacun de choisir sa méthode.

Chez Morning, nous avons opté pour la méthode de l’ACV qui vise à mesurer l’impact environnemental d’un produit tout au long de son cycle de vie, « du berceau à la tombe » comme disent les anglais. Matières premières, fabrication, transport, utilisation, fin de vie…  Tout y passe ! Pour chaque étape, 5 indicateurs sont mesurés : émission de gaz à effet de serre, matières particulaires, éco-toxicité des eaux douces, consommation d’énergies fossiles et consommation de ressources non renouvelables.

En décembre 2019, l’équipe Morning a réalisé l’ACV de l’ensemble de sa gamme mobilier. En découvrant les postes les plus « coûteux », nous avons pu prioriser nos actions, quantifier les objectifs et annoncer nos premiers résultats cette année. Ainsi, l’édition 2021 de notre bureau a une empreinte carbone de 17% inférieure à celle de son aînée. Elle est aussi 15,2% plus légère grâce à un poids d’acier réduit de 53%. 

4. Comment se lancer dans l’éco-conception ? 

Pour se lancer dans l’éco-conception, il faut dans un premier temps identifier le produit ou le service à éco-concevoir. Ensuite, il est très important de se faire accompagner et conseiller par des organismes et des cabinets spécialisés. Ce sont des responsables de projets qui ont l’habitude de travailler avec l’ADEME qui sauront le mieux vous aiguiller. Chez Morning, nous avons fait appel aux services d’Evea, Standard Deviation et Scala Circulaire pour nous lancer dans les meilleures conditions. Grâce à leur expertise, nous avons pu prioriser nos actions et répondre aux appels à projet de l’ADEME pour profiter d’aides financières.

  

5.  Quels leviers faut-il activer dans une démarche d’éco-conception ?

Dès la phase amont, il est important de se poser les bonnes questions. Et pour cause : 80% des implications environnementales d’un produit sont prises lors des phases de conception. C’est là que se posent les questions-clés, qui sont bien sûr variables d’un secteur à l’autre. 

Pour la création de mobiliers par exemple, voici quelques questions fondamentales :  Comment optimiser la quantité de matière utilisée ? Quelle forme adopter pour minimiser les chutes ? Quel système d’assemblage choisir pour assurer la séparabilité des composants ? Chaque nouvelle édition doit réduire son impact sans amoindrir ses qualités d’usage, au contraire. Les formes de découpe sont simplifiées pour minimiser les pertes ; la quantité de matériaux consommés est optimisée ; le nombre de matériaux est diminué pour faciliter le recyclage du produit. Nous vous présentons ci-dessous le film présentant le bureau éco-conçu Morning :

Les systèmes d’assemblage sont aussi un point clé à challenger. Ils vont assurer la séparabilité des composants et donc faciliter leur réparabilité et leur réemploi ! Autre avantage à signaler : la mise à plat des pièces permet de réduire l’impact carbone de leur transport. Dans la démarche d’éco-conception de son mobilier, Morning propose une garantie de rachat à vie pour permettre le reconditionnement des pièces et les réinsérer dans le circuit.

6. Une démarche d’éco-conception induit-elle une fabrication locale ?

L’éco-conception induit une fabrication à l’échelle locale. Le sourcing des fournisseurs de matériaux et des fabricants est un point primordial. L’impact d’un réseau à l’échelle locale est double : les temps de transports sont optimisés et l’emploi local est encouragé. Cette proximité favorise aussi le dialogue avec nos fabricants et la maîtrise de nos fabrications. 

Voilà pourquoi toute la gamme mobilier de Morning est réalisée en France. Bureaux, tables de réunion, tréteaux et coffres sont assemblés par une entreprise basée en Ille-et-Vilaine. Les casiers sont réalisés par un autre acteur implanté dans le Val-d’Oise.

7. L’utilisation de matériaux recyclés est-elle obligatoire ? 

Une démarche d’éco-conception induit une progression, l’amélioration d’un score au fil des innovations. Rien n’est obligatoire, tout ne peut pas être fait en même temps. L’enjeu est de cibler des postes prioritaires qui permettront de diminuer l’impact significativement (comme le remplacement du plastique par le métal par exemple).

Cependant, l’objectif de la démarche est quand même d’adresser tout le cycle de vie, toute la chaîne de valeur.  L’idéal d’une démarche d’éco-conception est d’intégrer des matériaux à faible impact environnemental, et les matériaux recyclés sont la meilleure alternative aux matériaux habituels. 

Même si l’utilisation à 100% de matériaux recyclés n’est pas une mince affaire, cela ne doit pas vous empêcher de vous lancer, quitte à viser moins haut. Le bureau éco-conçu Morning par exemple ne contient pas 100% de matériaux recyclés. Pour qu’il plaise au plus grand nombre et que sa durée de vie soit maximisée, nous avons intégré plusieurs matériaux : matériaux recyclés & recyclables et des matériaux plus traditionnels. 

Notre catalogue mobilier 2022 intègre une première référence réalisée à partir de matériaux recyclés. Il s’agit du plateau Le Pavé constitué de déchets plastiques récupérés et transformés.

Nous nous engageons aussi à racheter l’ensemble des pièces vendues, à n’importe quel moment. Les mobiliers seront réparés, certaines pièces remplacées. Nos clients auront d’ailleurs la possibilité de changer seulement le plateau ou les pieds. Toutes les autres pièces seront réparées pour être proposées en seconde main. A l’avenir, de plus en plus d’entreprises se lanceront dans la transformation de gisement de déchets pour en faire des matériaux durables.

8. Quelles sont les aides disponibles pour lancer son projet d’éco-conception ?

Une démarche d’éco-conception sérieuse induit des moyens. Une aide financière s’avère incontournable pour allouer des ressources dédiées au projet d’éco-conception et l’inscrire officiellement à une roadmap d’équipe. Cette aide financière permettra notamment de s’entourer d’experts techniques, de lancer l’Analyse du Cycle de Vie de vos références, de développer vos pistes d’éco-conception, d’identifier des gisements de déchets, de communiquer sur votre projet. 

De nombreuses aides favorisent les démarches d’éco-conception. L’ADEME a ainsi lancé l’appel à projets « Entreprises engagées dans la transition écologique ». Elle proposait aux PME de les accompagner dans l’industrialisation et la commercialisation de leurs solutions éco-innovantes. Une subvention de 100 000 euros par entreprise, concernait par ailleurs la mise sur le marché, une étape cruciale et souvent complexe.

Dans le cadre du plan France Relance, l’ADEME a également lancé le Tremplin pour la transition écologique des PME et TPE. Il s’agit d’une aide allant de 5 000 € à 200 000 € pour tout projet d’équipements de réduction et de gestion des déchets; l’accompagnement pour des travaux ambitieux de rénovation des bâtiments; des études sur les émissions de gaz à effet de serre et les stratégies climat des entreprises… Et bien sûr l’accompagnement de projets éco-innovants !

De plus en plus d’entreprises françaises intègrent cette démarche vertueuse dans leur stratégie. L’ADEME a donc mis au point un Pack éco-conception pour les PME éco-engagées. Ce dispositif comprend notamment des outils d’accompagnement et des aides exceptionnelles pour accélérer les diagnostics éco-conception, la production durable ou encore l’affichage environnemental. Si toutes les PME peuvent en bénéficier, l’ADEME a listé trois secteurs prioritaires à forts enjeux environnementaux : le numérique, l’alimentation, la mode durable.

9. Comment obtenir une aide pour se lancer en éco-conception ? 

Tous les dispositifs d’aide de l’ADEME sont disponibles sur la plateforme Agir pour la transition. Pour maximiser vos chances d’obtenir une aide, vous devrez démontrer une connaissance approfondie du sujet (compétence en interne, compréhension du marché et veille), montrer que vous êtes entouré de partenaires techniques qui vont vous soutenir dans la réalisation du projet. N’hésitez pas à mettre en évidence le sérieux de votre gestion de projet (détail du calendrier, détails des livrables à chaque phases, détails des responsabilités et des équipes).

Le taux de financement accordé dépend également de la nature des dépenses, de la taille de l’entreprise ainsi que de son chiffre d’affaires. Le projet Morning de création de mobiliers éco-conçus a été financé à hauteur de 60%. 

Au-delà du financement de programmes, l’ADEME accompagne et conseille des décideurs dans leurs projets, élabore des outils méthodologiques, contribue à la diffusion de bonnes pratiques, forme, informe et sensibilise autour des sujets liés à la transition énergétique et au développement durable.

10. Quels sont les acteurs les plus avancés en éco-conception ?

Les acteurs investis dans une démarche d’éco-conception sont de plus en plus nombreux. Ils évoluent d’ailleurs au sein de secteurs variés. Pour vous faire une idée, n’hésitez pas à consulter les entreprises qui ont obtenu le label B-Corp. Toutes ces organisations brandissent la même ambition : using business as a force for good ! Ces organisations intègrent dans leur mission, leur modèle économique, leurs effectifs, leurs produits ou services, des objectifs sociaux, sociétaux et environnementaux. 

Qu’il s’agisse de Patagonia, Innocent Drinks, Les Deux Vaches, Alessi, Nature et Découvertes, Big Mamma, Ecover, Laboratoires Expanscience, Blédina, VEJA, Ben & Jerry’s, Ulule ou La Ruche Qui Dit Oui… Tous ces acteurs sont sensibilisés aux problématiques de l’éco-conception. Il ne manque plus que vous. Nous espérons vraiment que vous allez vous y mettre, toute l’équipe Morning est à fond derrière vous !!!

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☞ Pour en savoir plus sur l’éco-conception, contactez l’équipe aménagement de Morning.
☞ Découvrez notre site “Eco-conçu ? C’est possible ! avec de nombreux conseils pour vous lancer. 
☞ Tous les détails sur l’art de la table par Morning

François Bénard

Responsable éditorial, Morning.

François est responsable éditorial chez Morning. Ce qu'il préfère dans cette aventure ? Les rencontres et les échanges avec les voisins pour se réinventer en permanence.